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CI: Chronique Venance: Gagné, gagné, perdu, perdu
L'INTER - jeudi 25 février 2010 par Venance Konan, écrivain journaliste. / Email : venancekonan@yahoo.fr - Compris ? Il était dit que votre élection devait avoir lieu fin février, début mars non ? On est à quelle date aujourd’hui ? Qui parle d’élection en fin février encore ?
Maintenant c’est vous-mêmes qui parlez de fin avril, début mai. J’ai gagné deux mois. Avant ça, on avait dit fin novembre non ? Et avant ça, on avait dit quoi ? C’est de deux mois en deux mois que nous sommes arrivés ici. Avant mai, je vous sortirai quelque chose d’autre, soyez tranquilles. A moins que vous ne me laissiez contrôler ma commission. Vous croyez que vous avez gagné ? Vous n’avez donc pas remarqué qu’au passage je me suis débarrassé de quelques têtes qui me gênaient ? Qui a perdu dans l’affaire ? Moi je suis toujours là. Et je serai là le 7 août pour présider la cérémonie des cinquante ans d’indépendance, de votre fausse indépendance. Parce que, la vraie indépendance, c’est moi qui vous la donnerai. Simone vous l’a déjà dit. Ce que vous avez appelé indépendance n’était qu’un trompe-l’œil. Vous n’avez pas osé dire « non » à la France comme le grand Sékou Touré l’avait fait. Et vous avez tout donné, en toute dépendance à la France. Moi, j’ai dit « non » devant vous tous à la France. Vous vous en souvenez non ? Et après, j’ai donné les chantiers de mes nouveaux palais de Yamoussoukro, l’hôtel Ivoire, le troisième pont, le quatrième pont et le terminal à conteneurs à des entreprises françaises. Mais moi, je l’ai fait en toute indépendance. Ce n’est pas pareil. Il y a une différence entre donner en toute dépendance et donner en toute indépendance. Donc, vous pouvez casser et brûler les bus, saccager les préfectures, les maisons de qui vous voulez, vous faire tuer, je suis là. Et je ne bougerai point. Tant que vous ne m’aurez pas rendu ma commission. Et tant que vous ne me l’aurez pas donnée, je vous laisserai dans l’obscurité. Je sais que certains parmi vous rêvent d’un scénario à la nigérienne. Vous avez le droit de rêver. Nous sommes en démocratie et chacun a le droit de rêver. Mais mon chien de garde vous a déjà prévenus. Gare à celui qui se hasarderait à prendre ses rêves pour la réalité. Il n’est pas un militaire nigérien, lui. Je lui donne bien à bouffer, et je le laisse passer à la télé quand il veut, pour vous montrer combien il est beau et élégant. Lui, il n’en demande pas plus. J’aime les gens comme ça. C’est comme mon bon petit. Tant que je le laisse faire ce qu’il veut dans la partie inutile du pays, il fait tout ce que je lui demande. Il a même oublié pourquoi il a pris les armes contre moi. Il a oublié qu’il disait qu’il défendait les gens de la partie inutile qui disaient qu’ils n’avaient pas de papiers et qu’on les traitait d’étrangers. On continue de les traiter d’étrangers, mais est-ce que vous entendez mon bon petit parler de ça encore ? Est-ce que vous l’avez entendu parler quand on a commencé à enlever les noms des gens de la partie inutile de la liste ? Je l’aime trop, ce petit. Il va donc me concocter une bonne commission, qui se chargera d’enlever tous les noms des gens de la partie inutile, on rajoutera des noms de gens de la partie utile, la vraie partie utile qui se trouve à l’ouest, et on ira à MON élection. Il est vraiment bien, mon bon petit. Il rêve de prendre un jour ma place. Comme si Simone et l’homme au long cou ne rêvent pas aussi. Mais il se dit qu’il est jeune et qu’il a le temps. Et comme chez nous, avec l’argent on obtient tout ce qu’on veut, il se dit qu’avec tout l’argent qu’il est en train de mettre de côté, vous oublierez les vilaines choses qu’il a faites dans la partie inutile, telles que les braquages de banque, les tueries, les viols et les pillages. Vous-mêmes, quand quelqu’un vous vole votre portefeuille et qu’il enlève cent francs dedans pour vous donner, vous ne dites pas qu’il est généreux ? C’est comme ça notre pays. Donc il rêve d’être un jour à ma place. Il oublie mon autre bon petit, celui qui avait triché à l’université. Lui, il n’a pas pris de fusil contre moi, au contraire il a pris une machette pour me défendre. Et surtout, il est du clan. Même si l’ONU lui a attaché un gros boulet au pied en ce moment, d’ici quelques années on aura oublié ça. D’après vous, entre les deux, qui je devrais choisir ? Donc, s’il quelqu’un veut rêver, c’est son droit. Je vous ai déjà dit qu’on est en démocratie et chacun est libre de rêver. Il dit qu’il me connaît. Mais est-ce qu’il est sûr qu’il me connaît bien ? Quelqu’un qui m’empêche de gouverner tranquillement, qui porte la responsabilité de la mort de certains de mes parents et amis, qui a gâté mon nom partout, et il croit qu’un jour je vais le laisser s’asseoir sur mon fauteuil, comme ça ! Qu’il rêve. Pour le moment il m’est très utile pour empêcher le gros et celui dont le certificat de nationalité n’a qu’une validité de trois mois de s’approcher de trop près de mon fauteuil. C’est ce qui m’intéresse actuellement. Je réglerai son cas le moment venu.



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