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AFRIQUE: La Démocratie et la Paix en Afrique

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Eric Edi, PhD - 04/03/10 - La montée de l’intolérance et des conflits ethniques, religieux, politiques, et électoraux dans cette période de mondialisation et de démocratisation soulève des interrogations sur la corrélation entre la démocratie et la paix.

Le Liberia, la Casamance, le Nord du Mali, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Congo, la Centrafrique, le Soudan, la Somalie, etc. évoquent certes des cultures africaines mais aussi, ces pays et ces régions riment avec des guerres atroces, des déplacements constants de population, et avec la pauvreté. La liste n’est pas exhaustive mais elle traduit la contradiction la plus flagrante que vit l’Afrique. En fait, depuis la mort des partis uniques à la fin des années 1980 et l’échec de leurs programmes de développement, la démocratie est devenue la fonction première du discours social et politique en Afrique. Elle est vue comme la voie royale pour sortir du marasme économique et de la léthargie politique1 des pays africains malgré l’affluence des aides financières et des programmes d’ajustement structurels des années 1980. La volonté de démocratie des africains explique mieux le retour du multipartisme entre 1989 et 1992. Depuis cette période, les acteurs politiques prétendent que la démocratie est l’objet principal de leurs idéologies et de leurs actions. Par exemple, les rebelles qui ont tenté de prendre le pouvoir ou qui ont déclenché des rebellions et des guerres civiles en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire, au Mali, et au Tchad pour ne citer que ces exemples, disent avoir agi au nom de la démocratie, comme pour se donner bonne conscience et éviter les sanctions internationales. Le récent renversement du Président Tanja au Niger le 18 février 2010 est, selon les militaires, un acte de recadrage de la démocratie. De même, des régimes civils ou militaires au Togo, au Burkina Faso, à Madagascar, et au Gabon ont tripatouillé les constitutions pour prendre ou pour s’éterniser au pouvoir au nom de la démocratie. Il n’est point besoin de rappeler que les syndicats de travailleurs et d’étudiants, qui se sont dressés contre les pouvoirs africains au début des années 1990, ont revendiqué l’instauration d’un débat démocratique comme objet de leur lutte. En Côte d’Ivoire, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire prônait : « il n’y aura pas d’école nouvelle sans démocratie. » 

Pour avancer dans le débat, des esquisses de définition de la paix et de la démocratie sont nécessaires. Pour la paix, on pourrait commencer par la définition qu’en donne Houphouët-Boigny selon laquelle « la Paix ce n’est pas un mot, c’est un comportement2.» Nonobstant sa superficialité, cette définition indique que la paix fait partie des concepts dont la valeur réside dans leur mise en application au quotidien. Une société est en paix lorsqu’elle vit dans le calme sans faire face à des troubles de nature à la désintégrer. Une société vit en paix quand ses membres peuvent s’organiser librement autour de valeurs matérielles et immatérielles dans lesquelles tous se reconnaissent et que tous respectent. Dans une société en paix, il y a le respect du droit fondamental de tout individu à vivre, à se nourrir, à se soigner, à se former, à pratiquer sa religion, à penser, à s’exprimer librement, à résider, à travailler librement et à être justement rémunéré. La paix est à la fois une construction de l’individu et de la collectivité ; elle évoque des paramètres abstraits et concrets. Par exemple, l’assertion populaire : « un homme qui a faim n’est pas un homme libre, » insiste sur le fait que le manque de nourriture crée un déséquilibre entre l’esprit et le corps. Tant que ce déséquilibre existe, la paix n’existe pas. Dans la Bible, Jésus-Christ a multiplié le pain et le poisson pour nourrir 5.000 personnes parce que la faim les rendait réfractaires à l’Evangile3. « Ne dit-on pas que ventre affamé n’a pas d’oreilles?» Donc la paix évoque une situation dans laquelle l’être humain dans sa composante matérielle et spirituelle est en équilibre avec lui-même et avec les autres membres de la société dans laquelle il évolue. 

Selon Robert Dahl4, le débat sur la démocratie est vieux de plus de 2.500 ans. La démocratie est universelle mais multiforme. Elle prend forme quand les conditions le permettent par invention indépendante ou par diffusion. Quelle que soit son mode d’émergence, la démocratie est toujours fonction des acteurs sociaux et politiques de la société dans laquelle elle émerge. C’est pourquoi une démocratie imposée par des forces extérieures est improductive et combattue. Plusieurs conflits en Afrique sont liés à la démocratie imposée dont l’une des dimensions aujourd’hui est la formation de gouvernements d’union nationale ou de réconciliation dans lesquels se retrouvent les « belligérants. » C’est en fait la nouvelle philosophie de partage du pouvoir, qui, malheureusement, perpétue les conflits au lieu de les éteindre. Le Zimbabwe, le Kenya, le Soudan, la Côte d’Ivoire sont les exemples les plus vivants de l’échec des gouvernements d’union soutenus par la communauté occidentale qui s’est elle-même dotée du titre de communauté internationale. En outre, depuis 1990, jamais aucune élection ne s’est déroulée en Afrique sans heurts. Même les pays comme le Ghana et le Benin qui ont fait dire à Jean-Ping5 que la démocratie gagnait du terrain en Afrique, ont eu leur part de problèmes électoraux, qui il faut le souligner n’ont pas menacé leurs intégrités. 

C’est dire qu’une bonne démocratie s'accommode du milieu ou elle se développe. Ainsi, la démocratie ivoirienne ne peut pas être la démocratie française, encore moins celle des Etats-Unis. C’est ici le lieu de mettre en exergue l’idée du professeur Tessy Bakary qui rejette les expressions « démocratie à l’ivoirienne, » « démocratie à la Burkinabé » etc., qui traduisent en réalité une volonté de falsification de la démocratie. La démocratie est une mode d’organisation politique, sociale, et économique dynamique. Les pays qui sont démocratiques ont atteint ce niveau en transformant l’idéal démocratique en réalité. En 1776, la démocratie naissante des Etats Unis professait l’égalité des Hommes mais excluait les Noirs et les femmes de ce système égalitaire. Mais les luttes pour les libertés civiles et pour le droit des femmes, toutes basées sur l’idéal démocratique, ont permis de corriger ces tares qui malheureusement existent dans des formes subtiles et institutionnelles aujourd’hui. Le combat des associations pour la reconnaissance de droits civils aux Etats Unis visait la matérialisation de l’idéal démocratique ainsi que le croyaient Ella Baker, Fannie Lou Hammer, Rosa Park, Martin Luther King, Jr, Malcolm X, Martin Delany, Edward Blyden, Frederick Douglass, et Du Bois, etc. 

La vision selon laquelle la « démocratie c’est le gouvernement du peuple, pour le peuple, et par le peuple » est acceptée de tous mais elle est floue pour un novice. Une meilleure manière de définir la démocratie, c’est d’évoquer ses fondements et ses avantages. Selon Robert Dahl, la démocratie existe quand plusieurs ou toutes les conditions suivantes sont réunies: la participation effective des adultes dans le débat social et politique, l’égalité de votes, l’égalité dans l’information, le droit de regard sur les sujets à débattre, et l’inclusion des adultes6. La démocratie tue la tyrannie, assure les droits essentiels, garantit une liberté générale, accroît l’auto-détermination, l’autonomie morale, et le développement des capacités humaines. La démocratie protège les intérêts des individus, assure l’égalité politique, la paix, et la prospérité7. A cause de sa nature et de ses avantages, la démocratie est une arme redoutable contre le clash des cultures et des civilisations8, la résurgence du nationalisme, le népotisme, le régionalisme, le chauvinisme, et l’intolérance religieuse, qui sont tous des avatars de la mondialisation. 

Maintenant que nous sommes armés de ces définitions, il est temps de se demander si la formule « démocratie = paix » est juste. Il n’est pas fortuit de dire que la démocratie garantit la paix et donc qu’elle est synonyme de paix parce qu’elle rend les aspirations des majorités et des minorités égales. Dans une démocratie, homme = homme = femme = enfant = vieux = vieille = riche = pauvre ; du moins du point de vue des valeurs intrinsèques. En valorisant les capacités individuelles au détriment des filiations, la démocratie garantit l’égalité des citoyens et réduit les mécontentements. Ainsi, les avantages liés à l’appartenance à une certaine famille ou à un groupe ethnique ou encore à une certaine corporation ne prennent pas le pas sur les valeurs des individus et leurs contributions à la communauté. La société fictive Ibo dans Le Monde s’effondre, nous en donne un bel exemple. Okonkwo le protagoniste n’est pas évalué sur la paresse de son père mais sur ses propres réalisations de grand lutteur, de grand producteur, et de défenseur de la culture Ibo. Donc avec la démocratie disparaissent les identifiants comme : « c’est un/une Konan », « il/elle est de la famille des Boigny,9» etc. qui classifient les citoyens d’un même pays sur des critères inégaux et générateurs de conflits. 

La synonymie entre la démocratie et la paix repose aussi sur le constat que les pays démocratiques sont aussi des pays stables. Ce sont des pays où les mécontentements sont gérés dans un cadre de droit. Cela ne veut pas dire que la violence est inexistante dans des pays comme les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne. L’épisode de Rodney King en 1992 en Californie, et les violences liées au chômage qui ont embrasé la France il y a trois ans en sont une illustration. Mais, la force des démocraties américaine et française, qui respectent le principe de la liberté et de l’égalité, a préservé ces pays du chaos. Si la démocratie apporte et conforte la paix au plan national, elle solidifie aussi les relations entre pays démocratiques. Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les démocraties du monde ne se sont plus fait la guerre. Aujourd’hui, la paix est durable entre la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, et la Russie au nom de la solidarité des démocraties. Les guerres Franco-prussiennes (1870-1871 et 1939-1945) ne définissent plus les relations entre la France et l’Allemagne, qui sont à l’heure actuelle le socle d’une Europe unifiée. Le 11 novembre 2009 à Paris, la Chancelière allemande Angela Merkel s’est rendue à Paris pour les festivités marquant le 91ème anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale (1914-1918). Cette visite témoigne des relations paisibles entre ces deux démocraties. La France et la Grande Bretagne qui se sont affrontées sur les fronts coloniaux dans les Caraïbes et en Afrique ne se font plus la guerre. Sur la base de ce constat, on peut déduire que la démocratie élimine les conflits. Aujourd’hui, on peut affirmer que le meilleur vivre qu’il fait au Ghana et au Benin résulte en partie de l’essor de la démocratie dans ces deux pays.

L’existence de la démocratie veut dire aussi que les citoyens en font une culture et donc un trait distinctif de leurs comportements et habitudes politiques. Lorsque des citoyens croient en la démocratie, ils forment une structure solide contre la dictature et contre tout autre système politique qui ne favorise pas l’épanouissement de l’homme. Ainsi dans les relations familiales, maritales, amicales, sportives, et professionnelles, ils font prévaloir la démocratie par le dialogue et le respect mutuel. Un/e démocrate s’oppose logiquement aux violences domestiques, aux abus sociaux, et à la mal gouvernance. L’ancien Secrétaire General de l’ONU, Kofi Annan, dit que la démocratie commence à la maison au petit-déjeuner. Cette vue souligne le caractère social et quotidien de la démocratie et le fait qu’elle ne se limite pas uniquement aux droits politiques et civiques. Je dis souvent que la démocratie s'enseigne et se vit à travers des valeurs morales et culturelles auxquelles tous adhèrent de façon consensuelle. La démocratie n'existe pas seulement quand il s'agit de faire des élections. Elle ne s'arrête pas après une élection. Donc quand la démocratie étend ses racines à tous les secteurs de la vie, elle favorise et consolide la Paix et en devient synonyme. 

Affirmer puis démontrer que la démocratie est synonyme de paix n’est pas une homélie sur la perfection de ce mode d’organisation sociétale. En effet, les abus sociaux et politiques, la gabegie, le vol, les agressions, les meurtres, le divorce, l'adultère, la corruption, le viol, et l’oppression de la femme, etc., ont aussi cours dans les sociétés démocratiques. Cependant ces sociétés traitent ces abus différemment des sociétés dictatoriales. Dans une démocratie, la loi/le droit corrige les dérives dans la transparence et la justice avec en toile de fond l’obligation morale de sécuriser les droits des plus faibles. De cette façon, les imperfections et les injustices sont toujours mieux appréhendés. L’existence de débats contradictoires fait évoluer les idées et les normes. Soit, elle les consolide, soit elle les refaçonne. Par exemple, la perception de la femme comme propriété de l’homme et exclue du suffrage était défendue sur la base de théories parfois téléologiques. Cependant l’évolution progressive des rapports entre l’homme et la femme et la révision de la notion de supériorité ont fait avancer la civilisation humaine puisque la participation délibérée de la femme dans la vie civile et politique a énormément contribué à la paix sociale. C’est pourquoi l’affranchissement des femmes et des filles par la formation scolaire universitaire, et professionnelle est un programme de développement qu’il faut poursuivre dans tous les pays africains.       

Il est important de souligner que j’ai fait peu allusion aux élections. Cela ne veut pas dire que les élections n’ont pas de portée démocratique. Au contraire, c’est une façon de réaffirmer que la démocratie demande bien plus que des élections. Dans des cas comme en Côte d'Ivoire, les élections sont nécessaires pour la paix et la démocratie. Mais des élections ne sont jamais la condition absolue de la démocratie ni moins de la paix. Je désapprouve l’idée selon laquelle les élections mettront fin à la crise et remettront la Côte d’Ivoire au travail. Ma désapprobation vient du fait que les comportements et les discours anti-démocratiques qui ont entrainé les troubles postélectoraux en 2000 sont encore d’actualité. Donc, quand bien même les élections sont importantes, le meilleur gage de la paix, c'est la démocratie.                

Mais, les conflits du moment montrent que la voie entre la démocratie et la paix n’est pas forcément linéaire et peuvent faire croire que la démocratie ne garantit pas la paix. En fait, les discours lénifiants sur la démocratie sont contrastés par la résurgence de conflits armés et par la multiplication des actes anti-démocratiques. Dans ce contexte, les afro-pessimistes soutiennent que la démocratie est la cause des guerres interethniques et nationales du moment. Une partie de l’opinion populaire témoigne que la démocratie apporte la guerre ; peut-être pour dire que le refus de la démocratie crée des mécontentements et donc des affrontements. Le fait est que la démocratie et le libéralisme économique sont incompatibles. La démocratie rend les hommes égaux tandis que le libéralisme économique établit des inégalités dans le pouvoir d’achat et dans le pouvoir de décision des individus. Si du point de vue du pouvoir économique, des inégalités s’établissent entre les citoyens, l’impact de ces inégalités sur la démocratie est inévitable. Les riches deviennent plus riches et utilisent leurs matériels pour préserver leurs avantages sociaux et politiques. Les pauvres s’appauvrissent et leur pouvoir politique en fait les frais. Ils vendent leurs voix aux élections moyennant des bénéfices pécuniaires éphémères. C’est pourquoi, je milite avec Samir Amin contre l’alliage de la démocratie avec le libéralisme économique. Si c’est vrai que tous les pays de grandes démocraties ont des économies de marché, il est aussi vrai que l’économie de marché ne produit pas la démocratie. 

Puisque le lien entre la démocratie et la paix n’est pas toujours linéaire, les antidémocrates sont prêts à réaffirmer que l’Afrique n’est pas aguerrie pour la démocratie. Après les indépendances, les premiers leaders africains ont, au nom de la construction nationale et de l’unité, tué la pensée plurielle. En Côte d’Ivoire en 1957, Ouezzin Coulibaly disait : « aucun pays sous-développé qui a atteint la maturité politique n’a été capable de le faire sans donner la primauté soit au parti-unique soit à un parti qui avait une si grande majorité qu’il contrôlait chaque secteur de la vie sociale.» En 1959, c’est Camille Aliali qui déclarait : « la démocratie est un système de gouvernement pour des peuples vertueux. Ce système marche rarement dans chaque pays mature. Pourquoi devrions-nous nous attendre à ce que ce système marche ici ? Soyons réalistes. Nos peuples ignorent les problèmes auxquels nous faisons face. On ne doit pas les laisser choisir les solutions à nos problèmes, mais ils doivent agréer les alternatives que leur proposent l’élite10.» En 1960, dans un interview dans Fraternité Matin, le secrétaire général du PDCI affirmait que le parti ne voulait pas que la démocratie soit une source de clivages et de luttes infantiles dans lesquelles nous aurions dépensé une bonne part de nos énergies. Nous voulons poursuivre dans la paix et dans l’union le travail de la construction nationale. 

Partout en Afrique ce genre de discours a prévalu. Tour à tour les chefs d’état africains ont proclamé la démocratie mais ils l’ont étouffée. Les militaires qui ont partagé le pouvoir avec eux comme au Nigeria, au Benin, au Togo, au Mali, au Burkina Faso, en Guinée-Bissau, en Mauritanie, au Niger, au Centre-Afrique, au Congo, en Ethiopie, en Ouganda, en Egypte, et dans bien d’autres pays n’ont pas fait mieux. Même à l’avènement des mouvements sociaux post-Guerre Froide, les responsables africains ont manipulé les transitions au multipartisme et à la démocratie afin de protéger leurs pouvoirs. Mais en fin de compte, ces arguments solides, justifiés, ou injustifiés ne sont pas suffisantes pour nous faire douter du rapport de causalité qui existe entre la démocratie et la paix. La démocratie produit la paix, la garantit et la consolide. Que les Africains s’y engagent résolument.

 

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Zahra sur 12/10/2012 21:44:37
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Je vous avais fait voila longtemps une resonpe qui n'a pas ete validee sur votre site pour des raisons techniques. Je vais donc juste revenir sur certains de vos commentaires suite a mon commentaire tout en sachant qu'il nous faudrait des heures pour nous expliquer les choses en detail.Selon ma vision, chaque individu se vit comme critique des autres, un peu moins comme critique de soi. C'est dans la nature humaine que de critiquer, au sens le plus eleve comme au sens le plus bas, et non le fait de quelque mode. Ainsi, si l'intellectuel critique a disparu, c'est que tout le monde parle sur ce qu'il connait peu ou prou et que le monde ose parler (alors qu'au temps des intellectuels critiques, seuls les eduques se le permettaient). Certains le font avec un bon argumentaire (ou dans certaines regles partagees entre certaines personnes) et d'autres le font selon leur savoir incomplet, ou pour des raisons humaines assez basses. La difference entre les deux est la reconnaissance d'une partie de la societe qui croit detenir le droit de juger ceux qui jugent.Je crois que cette democratisation de l'expression critique a deux consequences : la baisse moyenne de la qualite de la critique (au moins au sens philosophique), et le fait que la liberte d'expression soit plus repandue (on pourrait dire enfin, meme si l'on peut juger par ailleurs que beaucoup parlent pour ne rien dire ou pour colporter des betises).Pour moi, la critique est un trait humain et la critique de la critique est une critique comme une autre quoiqu'un peu plus meta.Je ne sais pas si on peut me qualifier d'anti-intellectualisme mais cela ne me choque pas fondamentalement. Je suis anti predominance absolue de l'intellect, car l'intellect part de bases et que ces bases sont souvent des prejuges. L'intellect n'est pour moi pas toujours fiable, si vous voulez, et je vois peu de gens illogiques mais beaucoup de gens trop intellectuels pour etre reellement intelligents .L'Occident ne desespere pas de la pensee, pas du tout, il suffoque sous une pensee sans discernement, sous une predominance absolue de la pensee dont, finalement, vous etes un bon exemple. Peut-etre l'etais-je aussi et peut-etre est-ce pourquoi je me suis tu pour ecouter les autres. Les autres disent toujours la meme chose, se battent sur des concepts avec des combats tres affectifs dans lesquels tous veulent avoir raison, tous croient aux arguments et chacun ne veut que satisfaire son propre orgueil. Je l'ai fait pendant longtemps, je le sais.La soumission a l'intention est le but de l'intellect qui est un outil pour moi au service d'une autre cause, morale bien sur (morale a definir la morale est toujours a redefinir). Le fait que la recherche du bonheur vous fasse sourire me laisse un peu perplexe, car cela fait partie d'une des grandes quetes de l'homme.Et ce n'est pas parce que beaucoup ont semble-t-il epuise le concept qu'il faut en sourire pour autant. C'est du moins mon avis. Et c'est chez vous, le temoignage d'une position d'un intellectualisme qui frise le cynisme.1001
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