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En Côte d’Ivoire, des civils en première ligne
ROMAIN MIELCAREK LE 23 JAN 2011 - Le conflit opposant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara continue de secouer la Côte d’Ivoire. Difficile d’évaluer les soutiens réels de chaque camp. Chacun pioche dans des soutiens qui ne sont pas toujours très conventionnels.
Mercenaires, milices, civils armés sont repérés des deux côtés. Ces derniers posent un problème de taille aux militaires, qu’ils soient fidèles au régime ou casques bleus : ceux qui évoluent au milieu des combattants tombent en martyr. L’absence de justice fait qu’il est presque impossible de connaître les circonstances des morts et des assassinats. Une porte ouverte pour les médias propagandistes qui n’hésitent pas à interpréter chaque incident.
« Nous serons toujours au combat. » « S’il le faut, demain j’enlèverai ma chemise pour aller me battre pour mon président. »Ces mots ne sont pas ceux d’un soldat. C’est un journaliste qui les emploie. Ce rédacteur en chef de Notre Voix, quotidien ivoirien favorable à Laurent Gbagbo a vu son directeur sanctionné par l’Union européenne. En Côte d’Ivoire, de nombreux civils se disent prêts à se battre pour leur chef, que ce soit celui qui est toujours à la présidence ou Alassane Ouattara, retranché à l’hôtel du Golf.
Dans un camp comme dans l’autre, chacun sait que ces civils sont une arme stratégique dans la crise qui secoue le pays depuis début décembre. Sur l’échiquier de la scène internationale, les forces de sécurités fidèles au régime en place ou les soldats des forces nouvelles, les rebelles du nord, qui soutienne ADO (pseudonyme d’Alassane Ouattara), ne pèsent pas lourd. De simples ivoiriens, victimes de la violence, peuvent rapidement faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
Alassane Ouattara le rappelle dans chacun de ses discours. Il insiste sur ces « centaines de morts » « tués par les miliciens et les mercenaires étrangers ». Pourtant, dans les quartiers qui lui sont favorables, où des innocents meurent, on trouve aussi des combattants non identifiés qui utilisent des armes de guerre : fusils d’assauts Kalachnikov et autres lance-roquettes RPG. Impossible de définir dans quelles conditions des civils sont tués par les autorités ivoiriennes. Pourtant, en discutant avec les habitants d’Abobo ou Anyama, quartiers toujours soumis au couvre-feu, ils sont nombreux à revendiquer leur participation aux combats. Pas d’armes, pas d’uniformes, mais un soutien franc et admis à ceux qui en portent, ces Ivoiriens deviennent plus que de simples victimes collatérales qui opposent des forces loin d’être conventionnelles.
Civils désarmés … mais pas toujours
Simon Munzu, responsable de la division des droits de l’homme de l’Onuci, évoquait il y a deux semaines de nombreuses semaines. Ses équipes avaient alors reçu des informations concernant la formation de civils au combat. Des Ivoiriens recevaient également des documents les incitant à se préparer au combat. Les médias appellent encore et toujours à la « résistance ». Dans les patrouilles de police, des individus cagoulés évoluent dans le plus grand mystère. Personne ne sait vraiment qui ils sont. Des éléments d’élite, des mercenaires, des volontaires civils ?
Dans leurs patrouilles, les casques bleus sont systématiquement confrontés à des oppositions civiles. A plusieurs reprises, des convois ont été pris à parti par des foules hostiles. Des civils parfois armés de gourdins ou de machettes n’hésitent pas à frapper les soldats de la paix qui hésitent à riposter. Dans ces affrontements, les Ivoiriens blessés sont à chaque fois brandis comme un symbole de la partialité de l’Onuci, quelle que soit la cause des blessures. Simon Munzu reconnaît l’impuissance des militaires :« peut-on vraiment passer en force les barrages montés par les civils ? peut-on prendre le risque de leur donner des raisons de devenir violents ? » s’interrogeait-il lors d’un récent point presse.
Les partisans de Laurent Gbagbo sont conscients de cet avantage. La semaine dernière, au cours d’une intervention dans le quartier calme de la Riviera, les casques bleus ont du se replier malgré un important dispositif anti émeute. Face à eux, une vingtaine de jeunes chantants et menaçants armés de quelques pierres. Pas de blessés mais autant de défaites psychologiques dont les observateurs constatent l’impact : les auteurs de ces mouvements d’hostilité prennent de plus en plus conscience de leur poids.
Combattants aux « mains nues »
Charles Blé Goudé brandit ce terme comme une arme. Le ministre et « général » de la jeunesse menace de marcher à la tête des jeunes patriotes ivoiriens et d’affronter leurs adversaires« à mains nues ». La pire des menaces pour des casques bleus qui veulent à tout prix éviter d’utiliser les armes contre ce type d’opposants. Si la mobilisation est loin d’être aussi impressionnante qu’en novembre 2004, les soutiens de Laurent Gbagbo restent nombreux.
Le mythe de 2004 continue de mobiliser. Les ripostes de l’armée française ont laissé une cicatrice mal refermée dans les esprits. Nombreux sont les Ivoiriens à être intimement convaincus que les soldats de l’opération Licorne ont fait un usage du feu démesuré sur des civils désarmés. Plus de 50 morts perçus comme des martyrs. Un argument de poids dans la propagande pro-Gbagbo.
Dans ce bras de fer, les médias continuent leur travail de sape. Les quotidiens des deux bords abreuvent la population d’un dangereux mélange de propagande et de désinformation. Chaque jour, les habitants d’Abidjan découvrent des titres et des annonces surréalistes. Si certain sont conscients de la folie de ces lignes, beaucoup veulent y croire et s’en servent pour construire et soutenir leur résolution. En public, l’ONU désigne directement les médias d’Etat comme outils de propagande. En privé, les fonctionnaires n’hésitent pas à avertir les journaliste pro-Ouattara qu’ils devront un jour assumer leurs responsabilités dans les violences qui continuent de saigner la Côte d’Ivoire.
Photos : Romain Mielcarek





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